lundi 13 avril 2015

Petit coin de paradis ...

Après 3 semaines de présence dans le pays, des week-ends et journées passés en montagne ou en ville, il était temps que j'aille à la rencontre de ces paysages qui évoquent d'avantage les Caraïbes.

C'est chose faîte ...

A une heure et demi de voiture de Port-au-Prince, nous prenons un bâteau dans le village de Petit Goave. Petite barque de pêcheur plus précisément, mais à moteur.
Alors que nous suivons la côte depuis plus d'une heure, l'embarcation se faufile entre deux rochers, et nous dévoile ... ça :





On en a le souffle coupé tellement le décor semble irréel. Chacun y va de son "c'est hallucinant", "c'est énorme", "ça paraît incroyable". Et c'est vrai qu'il y a à cet endroit une lumière et des couleurs saisissantes.
Ce que l'on voit sur les cartes postales existe donc bel et bien !
La plage est tenue par les femmes d'un tout petit village voisin. Elle proposent à midi du poisson grillé accompagné de riz, de bananes frites (et salées), et des boissons fraîches ! Le tout pour à peine 20€, y compris l'accès à la plage, qu'elles s'efforcent de garder propre.
Facile de se laisser tenter ... 
Il y a aussi moyen de passer la nuit sous tente, au bord de l'eau. Cela devrait à coup sûr faire l'objet d'un prochain week-end ...
Et l'eau doit avoisiner les 30 degrés ... Voilà je pense avoir fait le tour :-) ...


dimanche 5 avril 2015

Week-end à Dessalines


Mon week-end en quelques images ...

Vendredi matin, rando. 600 m de dénivelé pour aller chercher le panorama sur Port-au-Prince.
Départ 7h30 à la fraîche mais le soleil monte vite (surtout dans ces moments-là) et les degrés ralentissent considérablement les dernières centaines de mètres (il n'y a peut-être pas que les degrés, je sais ...).



Les trois plus hauts bâtiments de Port-au-Prince : Deux opérateurs telecom et un hôtel ...

Les fameux derniers mètres ...

Direction Dessalines ...

Vendredi après-midi, je prends un car pour l'ancienne capitale d'Haïti. 
J'y suis attendu par Neifide et Fritz, son mari. Elle est infirmière et a complété ses études à Lyon dans le développement local. Lui est coordinateur national des centres d'animation culturelle. Grâce à eux, je peux me fondre dans cette ville paisible, loin du tumulte de la capitale, et m'enrichit un peu plus de l'histoire et des coutumes de la société haïtienne ...





Dessalines tire son nom du révolutionnaire Jean-Jacques Dessalines, qui a largement contribué à rendre Haïti indépendante en 1804. Il a fondé cette ville peu après, au coeur de la région de l'Artibonite, aujourd'hui considérée comme le grenier d'Haïti. Une source permet d'alimenter la ville en eau.



D'un côté la vallée verdoyante où l'on cultive de tout, mais surtout du riz, de l'autre les montagnes où surplombent pas moins de sept forts, érigés par Dessalines au cas où les forces françaises reviendraient pour tenter de récupérer Haïti ...




En cette période de Pâques, Dessalines, comme beaucoup d'autre communes en Haïti, voit défiler dans ses rues les Rara. Par quartiers, les habitants se déguisent et défilent dans les rues. Cela ressemble à nos carnavals, avec ici une teinte de vaudouisme.
En tout cas le but est le même, exorciser les malheurs du quotidien, se lâcher, faire la fête ...





















jeudi 2 avril 2015

Un bébé qui n'a pas de veine, et autres histoires de la semaine ...

Pour moi la semaine est terminée depuis ce jeudi 13h30.
Demain, c'est férié ici en Haïti. C'est le vendredi de Pâques. Mais en revanche je travaille lundi !

Après 9 jours de stage ...

Première visite aux urgences ce matin, à l'arrivée d'un bébé de 7-8 mois présentant diarrhées et vomissements depuis 5 jours. L'urgence est donc de le réhydrater au plus vite, et pour cela, il faut lui poser un cathéter veineux.
C'est tout d'abord Miss Fleurant, la cadre du service Urgences-Bloc qui s'y colle. Le bébé est occupé à téter le sein de sa mère, mais il doit bien sentir que quelque chose de désagréable se prépare. Poser un cathé sur un bébé n'est pas simple. Les avants-bras et les mains sont tout potelés et les veines quasi-invisibles. Et particulièrement sur cette petite fille.
Le premier essai sur la petite main est un échec, et Miss Fleurant essaie un peu plus haut dans le plis du coude. Mais là encore, tandis que l'enfant hurle et se débat, l'aiguille ne trouve pas la veine. 
On change alors de côté. La cadre est assistée d'une infirmière, puis deux. Et le geste qui habituellement ne prend pas plus de 5 minutes, est en train de virer au calvaire pour le bébé car de ce côté-ci, les veines ne sont pas plus visibles et Miss Fleurant n'y parvient pas.
Il faut essayer toutes les possibilités car cette enfant doit être réhydratée, il n'y a pas le choix. Ce sont ses petits pieds qui font maintenant l'objet de toute l'attention des soignantes, à la recherche désespérée d'un signe visible ou même invisible (au toucher) de la présence d'une veine. On pique, on repique. Et ça ne marche toujours pas. Alors on réessaye les bras, les mains. L'épreuve est pénible pour toute l'équipe, pour la mère et la petite fille bien sûr. Cette dernière alterne cris de détresse et moments d'endormissement, à bout de force. Les infirmières et cadres se succèdent. Même Miss Bernadotte est venue en renfort.
Le médecin du service est là lui aussi. Il glisse en créole à l'oreille de Miss Fleurant que c'est sûrement le blanc qui porte la poisse et qu'il devrait peut-être sortir, juste pour voir ... Ce à quoi la cadre répond par un rire franc. Et qu'il n'est pas question que je sorte ! C'est le médecin lui-même qui me raconte cela dans un second temps. Tout cela est pour plaisanter bien sûr. Mais je ne peux m'empêcher de me dire que désormais je vais rester jusqu'à la fin de l'opération, parce que si je devais quitter la pièce et que le geste réussisse à cet instant, les dires du médecin pourraient bien être pris au sérieux !! 
Il faut savoir qu'en Haïti, les blancs ne sont pas toujours les bienvenus, assimilés aux grosses ONG venues après le séisme et pas seulement responsables de la reconstruction du pays, ou bien aux forces de l'ONU encore présentes dans le pays (La MINUSTAH - Mission des Nations Unies Pour la Stabilisation en Haïti) pas très appréciées par la population et donnée responsables de l'épidémie de choléra survenue après le séisme. Bref, le blanc peut effectivement être synonyme de porte-malheur pour certains individus.

Mais retournons à notre enfant.
Il aura fallu 1h45 pour que cesse le cauchemar ... C'est Miss Fleurant qui trouve enfin une veine au niveau du pied gauche et ouvre pour cette petite fille la voie de la réhydratation ...

Un début de semaine difficile ...

Lundi et mardi ont été pour moi des journées compliquées. 
Miss Bernadotte, avec qui j'étais jusque là en bons termes, a brusquement changé d'attitudes avec moi. 
En une semaine de stage, je ne suis pas parvenu à intégrer parfaitement le fonctionnement du service, et il semblerait que la cadre aurait voulu qu'il en soit autrement. Alors elle me reproche de ne pas comprendre plus vite, et surtout, elle me fait remarquer à maintes reprises qu'elle n'a pas que ça à faire que de s'occuper de moi ... C'est une situation très délicate pour moi. Je ne sais plus par où prendre les choses, hésitant à demander des précisions lorsque je doute sur le décodage d'une prescription, d'une posologie. Et pourtant, l'administration d'un médicament n'étant pas un acte anodin, j'ai besoin d'être sûr de moi. Mais la relation qui s'est instaurée avec elle depuis le début de semaine entame sérieusement ma confiance en moi.
Mardi est un jour particulièrement dur à vivre, et je remets même en question la poursuite de ce stage dans de telles conditions ainsi que ma venue en Haïti.
Mais cela fait partie de l'apprentissage. Je remarque surtout que loin de nos repères, de notre cadre affectif habituel, il est facile de se faire une montagne de problèmes qui ne sont pas si graves que cela. Et il est facile aussi de trouver refuge dans le jugement, comme pour mieux se protéger.
Il est du coup indispensable de pouvoir prendre du recul sur ce genre de situation. Et d'en discuter au plus vite avec les personnes susceptibles d'apporter écoute, compréhension et soutien. Ce qui a été fait, avec le directeur de l'hôpital notamment, et avec d'autres qui se reconnaîtront et que je remercie.
Le lendemain, les choses s'arrangent. Nous discutons avec Miss Bernadotte de cet épisode. Je lui redis combien j'ai besoin de temps pour assimiler ce fonctionnement si différent du notre, lui rappelle que je ne suis qu'étudiant et n'ai jamais réalisé de stage en service de médecine. Elle est d'avantage dans la compréhension. Nous évoquons aussi le déroulement de mon stage dans les semaines à venir au sein de l'hôpital. Notre relation s'apaise. Et les journées qui suivent, hier et aujourd'hui, reprennent un cours normal ...

Cette semaine enfin a vu le décès de trois patients, dont une vieille dame amputée au dessus du genou suite à une gangrène, que j'avais déjà évoqué dans un précédent article. 
Face à la mort les proches peuvent être très expressifs. A l'image de cette personne, la fille de la défunte, qui pleure et hurle sa douleur en faisant les cent pas dans les couloirs du service, saute, se met à courir et crie de plus belle, entrant dans un comportement qui s'apparenterait à une transe ... Une façon d'extérioriser sa souffrance, bien différente de ce que l'on a l'habitude de voir chez nous, où l'on garde silence et dignité, tout au moins en public ...

Demain commence un week-end de trois jours. Avec en perspective un petit séjour à Dessalines, ancienne capitale d'Haïti, chargée d'histoire ...
Et des choses à raconter dés lundi ... Bon week-end à tous ! 


lundi 30 mars 2015

Une journée en montagne ...

Port-au-Prince est entouré de montagnes. 
Dimanche, après avoir sillonné les petites routes qui grimpent (et ce n'est rien de le dire) dans les vallées escarpées, nous nous retrouvons au milieu des pins, à 1600 m d'altitude, à seulement une heure de la capitale et 15 °C degrés en moins. Il fait 20°C à notre arrivée, la brume et un petit vent frais se sont levés et nous poussent à mettre un pull.


Un superbe chalet de montagne entre pins et bananiers ...

Le climat doux et humide permet ici tout type de cultures. Fruits en tout genre (et même des fraises), pommes de terre, carottes, oignons, aubergines, choux. On trouve de tout sur les marchés de Port-au-Prince. Fruits et légumes descendent des vallées plus ou moins reculées de l'arrière-pays, non sans avoir parfois transités par de nombreux intermédiaires, ce qui fait que les prix sont parfois élevés pour le client final.

Cultures en terrasse

Ce week-end, j'en ai profité également pour faire une petite visite de la capitale ... en voiture. 
Il n'est pas facile de sortir un appareil photo de valeur dans les rues, sans courir le risque de se faire repérer par des personnes mal intentionnées. Du coup, les photos sont prises depuis la voiture. En voici quelques unes, en attendant de pouvoir vous proposer un vrai diaporama que, pour l'instant j'ai du mal à réaliser sur ce blog !




La cathédrale de Port-au-Prince, détruite lors du séisme






vendredi 27 mars 2015

Après l'effort ...

La semaine est terminée ...
Il fait 30 °C.  J'hésite entre la sieste sous le palmier ... et la fraîcheur de la piscine ...


jeudi 26 mars 2015

La barrière de la langue

Si j'ai bien un regret, c'est celui d'avoir minimisé ce côté-là !

J'avais bien comme intention il y a quelques semaines d'apprendre le créole haïtien, mais je n'ai jamais vraiment commencé, dissuadé par certains, et notamment par le directeur de l'hôpital qui estimait que ce n'était pas une nécessité, soignants et même patients parlant pour la plupart en français.
En fait ce n'est pas tout à fait exact. Effectivement, le personnel soignant, lorsqu'il s'adresse à moi le fait en français et je n'ai aucun problème de compréhension, quoique parfois l'accent haïtien m'oblige à faire répéter. Ça la fout mal mais je n'ai pas le choix.
En revanche, lorsque les infirmières se mettent à parler entre elles, où lorsqu'elles s'adressent aux patients, elles le font en créole. Et malheureusement c'est incompréhensible.

Pourtant, à y regarder de plus près, cette langue n'est pas très compliquée. Comprendre le sens d'une phrase à l'écrit est même relativement facile. 
Voici à titre d'exemple un extrait d'une planche de BD que j'ai trouvée sur internet, et affichée dans l'office infirmier de l'hôpital, à propos de l'hygiène des mains :  


Alors ? Tout le monde a compris ? Je suis sûr que certains ont même essayé avec l'accent. C'est rigolo, hein ?
Je réserve un petit souvenir d'Haïti à celui qui me proposera la meilleure traduction !

Le problème, c'est que les mêmes phrases prononcées par un haïtien deviennent incompréhensibles. Ils parlent vite et contractent les mots à tout va ! Dans un prochain article, je vous ferai écouter ce que donnent ces deux phrases lues à vitesse normale par un haïtien.

Donc je pleure tous les jours de ne pas comprendre ce qui se dit de tel ou tel patient, où les questions et réflexions du moment.
Mais Miss Bernadotte, à qui j'ai confié ce regret, a commencé à remédier au problème, en m'apportant quelques éléments de grammaire et d'orthographe, et j'ai décidé d'y consacrer du temps hors-stage ...

Bon, li lé pou m ale. M bouke, mwen pral domi. Babay !



mercredi 25 mars 2015

Choc culturel ! On m'avait prévenu ...



Pour moi, ce troisième jour de stage commence, à la demande de Rose-Henriette BERNADOTTE que je ne présente plus,  avec la prise en charge de deux patients. Bon, on se rend compte rapidement qu'il y en a un qui sort ce matin donc il n'en reste plus qu'un.
Et c'est tant mieux.
Parce que prendre en charge un patient commence avec l'ouverture de son dossier de soins, afin de préparer la médication de 8h et anticiper celle de midi. Et là ... on fait glourps !
Car c'est un véritable travail de décodage qui m'attend. Rien n'étant informatisé, il faut déchiffrer l'écriture du médecin traitant, ce qui constitue déjà un premier barrage à priori infranchissable.
Et puis les noms des médicaments, déjà que je n'en connais pas beaucoup, ne sont pas les mêmes qu'en France et enfin la posologie n'est pas indiquée de la même façon que chez nous !
Par exemple, "2 fois par jour" s'inscrit BiD, pour Bis In Die (c'est du latin) ou Tid, ou QJour (pour Quo - chaque en latin - jour). Bref, cela fait beaucoup d'obstacles. Et à cela il faut rajouter le fait que parfois, le médicament prescrit n'est pas dans le casier du patient. Il faut alors réaliser un bon pour la pharmacie etc, etc ... Je ne parle même pas de l'organisation des feuilles d'ordonnance, celle d'origine et toutes celles modifiées, complétées, qu'il faut lire attentivement une à une pour s'assurer de ne rien oublier ...
Non vraiment, c'est pour moi très compliqué et je me demande comment les infirmières font pour s'y retrouver !

Dans la matinée, Miss Bernadotte me propose d'assister à une thoracocentèse, sur une patiente victime d'un épanchement pleural massif. C'est un geste réalisé par le médecin, qui permet d'éliminer du liquide en trop grande quantité quand celui-ci comprime les poumons et entraîne des difficultés respiratoires.
La patiente est assise sur le lit. On attend l'arrivée du matériel nécessaire à l'intervention.
10 minutes s'écoulent ...
Il arrive enfin dans un sac plastique noir, gants stériles, compresses et nécessaire enveloppés dans du papier kraft. Apparemment il manque des choses et surtout, le médecin aux mains trapues déchire un des gants en l'enfilant (je compatis ça m'arrive aussi ...). Nouvelle demande à la pharmacie. Pour une nouvelle paire de gants et une aiguille qui manquait dans le premier arrivage. La dame patiente, assise depuis bientôt une demi-heure lorsque tout est enfin en place.
Le médecin est assisté d'une auxiliaire. Il procède à l'aseptie puis prélève du liquide pleural destiné dans un premier temps à une analyse biologique. Toute l'opération se déroule en stérile.
Puis il s'arme d'une plus grosse seringue, de 60 cc avec laquelle il pompe le liquide en trop (de couleur rouge saumon) et l'évacue dans une bassine en zinc qu'il a fait placer devant lui, largement visible par la patiente, qui ne bronche pas et ne semble nullement affectée  par les va-et-vients de cette grosse seringue que le médecin visse et dévisse sur l'aiguille en place et rejette autant de fois ce liquide qui finit par mousser dans la bassine sous la pression du jet. Rappelons qu'en plus notre médecin a les mains trapues !
Moi je suis pour ainsi dire en pleine compassion. Je souffre pour elle et n'en reviens pas du nombre d'allers-retour, espérant qu'à chaque évacuation le supplice va prendre fin. J'arrête de compter à 18, mais je sais qu'au total, c'est plus de 1,5 litre de liquide qui a été retiré ...
Le geste du médecin est très mécanique. Il ne s'adresse quasiment pas à la patiente.
Son téléphone se met à sonner à sa ceinture. D'un regard, il me demande de le sortir de son étui. Je m'exécute, lui montre le nom de son interlocuteur, et il me demande de décrocher. Je lui colle le portable à l'oreille et il répond, tout occupé à vider la dame qui n'a pas bougé d'un poil ...

Et pour finir, j'aimerais vous rapporter cet entretien avec Miss Bernadotte, qui me demande pourquoi je viens faire mon stage en Haïti.
Alors me voilà parti dans un bel argumentaire d'un mec de pays riche (avec un petit accent intello parisien que tout le monde saura reproduire) : "Ben oui quoi, c'est quand même bien d'aller voir ailleurs ce qui se passe, ça permet de s'interroger sur ses propres pratiques et de mieux appréhender la différence culturelle, et ça permet de comprendre que finalement la vie n'existe qu'à travers son propre regard et qu'il y a autant de visions du monde qu'il y a d'individus sur cette terre ..." Bon, j'exagère, mais en gros je lui explique ça. Elle feint de comprendre, mais lorsqu'à mon tour, je lui demande comment elle perçoit ma venue et mon stage parmi eux, elle me dit qu'avec tout ce qu'on doit raconter sur Haïti, le séisme, la misère, l'insécurité ... Elle se demande bien ce que je viens chercher ici ...


Forcément ça fait réfléchir, non ?