samedi 25 avril 2015

Premiers pas en chirurgie ...

C'est une semaine exceptionnellement calme pour le service qui vient de s'écouler ...Elle m'a cependant permis de découvrir ce monde totalement inconnu pour moi. L'environnement du bloc opératoire ...


Le service urgences-chirurgie de l'Hôpital Français est un service un peu à part. D'abord parce qu'il occupe un bâtiment un peu en marge du reste de l'hôpital, loin des allées et venues des accompagnants, du personnel soignant, des garçons de service ou autres agents d'entretien. 
Ensuite car il offre une sorte d'oasis aux médecins qui viennent fréquemment boire un petit café dans le salon dédié. Pause dont ils profitent pour discuter entre eux, mais aussi avec les infirmiers en service. Il y règne donc une bonne ambiance, plutôt décontractée. Comme le dit une infirmière, Miss Lamarre, "c'est comme si c'était notre maison". 

Les salles d'opération, au nombre de trois, dont deux sont opérationnelles (problème de clim dans la troisième : Freeeed ! On a besoin de toi !), sont propres et très bien entretenues. L'une d'entre elles a même été conçue pour les étudiants en médecine. Elle est surplombée d'un mini-amphi théâtre aux vitres sans teint qui permet d'assister aux interventions.






Les salles d'op sont plutôt bien équipées. Les produits et petits matériels ne manquent pas. Tous les instruments sont stérilisés après utilisation dans un autoclave, après avoir été soigneusement empaquetés dans des tissus.

Miss Lamarre sort de l'autoclave les instruments,
compresses, tissus stérilisés ...

Pour que les blocs soient opérationnels, un inventaire précis est réalisé chaque matin.
Petit matériel, médicaments de l'urgence, fournitures diverses et variées, doivent être en place en cas d'intervention prévue ou non prévue. Cela fait partie de la mission infirmière. Y compris celle de garantir une hygiène irréprochable. On passe donc une heure chaque matin à désinfecter les surfaces, murs, portes, tablettes et les appareils.

Comme je l'ai dit en introduction, la semaine a été calme. 5 interventions seulement. Je n'étais pas là pour 3 d'entre elles. Honnêtement je ne regrette pas d'avoir manqué l'orchidectomie. Et je pense que les hommes me comprendront lorsque Wikipédia les aura renseigné sur ce que c'est ...
En revanche, j'ai pu assister à deux reprises à des réfections de pansement sur une patiente dont l'histoire est un peu particulière ... 
C'est une bouchère, qui en allant choisir sa viande s'est faîte chargée par un taureau. Soulevée à plusieurs mètres du sol, elle est retombée lourdement sur le sol et s'est ouverte le coude. Elle a décidé dans un premier temps de recourir à la médecine traditionnelle, ce qui est ici très fréquent. Les médecins eux-mêmes se soignent volontiers avec des méthodes empiriques, souvent des décoctions de feuilles possédant des vertus pour soulager maux de tête, maux de ventre etc ...
Notre bouchère a donc appliqué sur la plaie des feuilles aux vertus anti-inflammatoires reconnues, mais dont la particularité si on les laisse trop longtemps en contact avec la peau, est de "brûler" celle-ci. Ce qui s'est produit dans notre cas, provoquant une sur-infection de l'ensemble du bras.
Lorsqu'elle s'est enfin rendue à l'hôpital, son bras était tellement purulent, que le chirurgien a du lacérer la peau en plusieurs endroits afin de drainer le pus.
Lorsqu'on lui a enlevé le pansement et ignorant tout de cette histoire, j'ai d'abord cru, à la vue des profondes entailles, que cette femme avait été attaquée par un requin. Et en même temps, je n'arrivais pas à l'imaginer sur un surf en bermuda Hawaï ... 
C'est le Dr Bazelais, directeur médical de l'hôpital et chirurgien, qui tout en nettoyant les plaies, m'a expliqué l'origine de ces lacérations. Et la méthode est efficace. Le pus ayant été évacué, les plaies vont pouvoir se refermer d'elles-mêmes, mais c'est quant même impressionnant.
3 jours plus tard, cette dame est revenue pour la même intervention. Lavage, débridement (on enlève les tissus morts pour favoriser la cicatrisation) et réfection de pansement. Cette fois-ci, une des plaies était investie de petits asticots, occupés à manger les tissus nécrosés. Cela arrive parfois mais n'est pas un problème en soi puisqu'ils participent eux-aussi à éliminer toutes les parties mortes. On commence d'ailleurs à utiliser cette technique en France et ailleurs pour accélérer la cicatrisation.
Cette intervention est beaucoup plus éprouvante pour la patiente. Plus douloureuse surtout. Le chirurgien lui a bien injecté au préalable un anesthésiant local autour de chaque coupure, rien y fait. Elle se tord de douleur et gémit. C'est assez difficile à supporter, y compris pour moi dans une moindre mesure bien sûr, et on se sent bien démuni ... Je ne trouve rien d'autre que de lui offrir ma main qu'elle serre désormais fort dans la sienne. Ce n'est déjà pas si mal, mais je me pose la question de la prise en charge de la douleur ici ...
Des éléments de réponse me sont donnés plus tard par le même médecin, Dr Bazelais, qui m'explique que d'une part cette patiente a déjà fait de mauvaises réactions aux anesthésiants, donc il ne préfère pas prendre de risques. Un autre raison est d'ordre financier. Cette patiente n'est pas assurée. Et chaque administration d'anesthésiant a un coût, qui viendrait se rajouter à la somme déjà considérable qu'elle a dû verser pour ces soins : environ 3000 € ...

dimanche 19 avril 2015

Mon quotidien ...

Voici un petit panorama de mon quotidien en Haïti ...


Bien sûr, mon quotidien, c'est avant tout mon stage à l'hôpital.
Mais à 13h, lorsque ma journée de travail est terminée, je retourne "chez moi".
Et cela commence par traverser en voiture une partie de la ville ...


Voici un petit aperçu du lieu ...






Tennis et piscine à dispo ...




Je dois dire que c'est plutôt sympa de se retrouver dans cet endroit, relativement calme, qui contraste avec le bruit et l'encombrement des rues de Port-au-Prince ...
A l'étage il y a deux chambres dont une avec terrasse qui donne sur la parc, les oiseaux et les arbres, mais ce n'est pas la mienne. Damien est pourtant généreux mais il y a des limites ...
Damien, c'est lui :


On s'est connu il y a une quinzaine d'années. Il a vécu près de 10 ans au Sénégal et est en Haïti depuis 18 mois. Son boulot c'est de faire avancer les choses. Accompagner et encourager les initiatives locales qui vont dans le bon sens, celui chargé des valeurs qui sont les siennes : respect, solidarité. Damien est quelqu'un de sincère, passionné, passionnant et profondément généreux. Et je ne dis pas ça parce qu'il m'héberge et que j'ai besoin de sa voiture tous les jours !
On s'entend bien. Nous formons un couple heureux depuis que je suis arrivé en Haïti ! Il m'héberge et en échange de quoi je lui fais à manger. Et ça fonctionne !

Mesdames, ne vous enflammez pas. Le coeur de ce beau et valeureux garçon est pris par une charmante (le mot est faible) jeune femme qui vit en Guadeloupe ... 

Bref, c'est un vrai plaisir que de vivre cette expérience à ses côtés.

Mon quotidien ici c'est aussi le sport, histoire de vieillir en bonne santé. 3 à 4 fois par semaine nous allons dans une salle de sport plutôt bien équipée d'un hôtel à proximité ...


Sinon, c'est le footing du samedi matin, sur les hauteurs de la ville, de préférence avant les premières chaleurs de la journée ... 


Et sur le retour, on s'arrête faire le plein de fruits et légumes pour la semaine ... C'est un moment que j'aime beaucoup. On négocie, mais pas trop. Les prix restent cependant assez élevés. Pour avoir un ordre d'idée, un ananas produit ici se négocie ici entre 3 et 4 €. Ce qui est bien sûr inabordable pour la majorité des haïtiens ...
Le reste des courses, nous le faisons au supermarché. Mais là aussi, la note s'envole très vite avec les produits d'importation. Il n'y a guère que la viande, produite localement qui soit moins chère que chez nous. On trouve du boeuf à partir de 3 € le kilo par exemple ...




Cerises d'Haïti ...




vendredi 17 avril 2015

Après 4 semaines de stage ...

Me voici à mi-stage. 4 semaines de faîtes, 4 semaines à faire. L'heure de faire un petit bilan ...


Après des débuts pas toujours évidents, en terme d'accueil, d'encadrement, de repères aussi, j'ai petit à petit intégré le fonctionnement propre à cet hôpital de Port-au-Prince, qui je le rappelle est un établissement privé. Les hôpitaux publics fonctionnent différemment. 
En poste au pavillon (bâtiment qui regroupe l'ensemble des 40 chambres individuelles que propose l'hôpital) et sous la bienveillance de Miss Bernadotte à laquelle j'ai souvent fait allusion dans mes premiers articles, j'ai eu à m'occuper de patients variés, tant par leur pathologie, que par leur âge, leur personnalité également.

Miss Bernadotte


Il m'a fallu du temps pour comprendre le fonctionnement du service, la logique de la prise en charge, les multitudes de petits réflexes à adopter.
Par exemple, un jour, on me demande de retirer une perfusion qui est terminée, afin de la remplacer par une nouvelle. Je retire donc le tout, poche et tubulure, que j'évacue à la poubelle, comme on le fait en France. Sauf qu'ici, on économise au maximum, donc on ne jette surtout pas la tubulure qui ressert avec la nouvelle poche ! Il ne faut jamais oublier que le patient paye ...
Il en est de même pour les cathéters. Si un patient est difficile à piquer et qu'il nécessite plusieurs tentatives, on utilise la même aiguille, jusqu'à 3, 4 parfois 5 fois. Chez nous, on remplace l'aiguille après chaque tentative échouée ...

Pendant cette première période, j'ai pu exécuter des gestes techniques. En voici quelques uns :
Pose d'une perfusion chez un patient d'une quarantaine d'année. Je suis accompagné par Miss Germain, une infirmière. Je repère une veine de l'avant-bras qui me semble bien se présenter, prête à accueillir mon aiguille avec le sourire ! 
Préparation, aseptie, gants, et me voilà parti avec mon aiguille qui hésite. Je force d'avantage, mais rien n'y fait, l'aiguille fait un blocage ! Impossible de pénétrer l'épiderme. Je mets cela sur le compte de la peau tannée du travailleur manuel. Miss Germain essaye à son tour. Elle n'y parvient pas d'avantage. Nous changeons d'aiguille et de site. Cette fois-ci, j'essaye sur la paume de la main. La veine est belle ... Et l'aiguille  s'enfonce enfin comme dans du beurre. Il s'avère que la première avait un défaut. Mal aiguisée pourrait-on dire. Et cette situation se reproduira une seconde fois pour moi ... Bien désolé pour les patients qui en ont subi les désagréments. Imaginez qu'on vous pique comme un forcené avec une aiguille qui ne rentre jamais dans la peau ! Bon, ok j'arrête, j'en imagine certains qui tournent de l'oeil !

Pose d'une sonde naso-gastrique (tube qui va du nez à l'estomac, en passant par l'intérieur bien sûr ...). En général c'est pour alimenter une personne qui ne peut pas avaler d'elle-même, ou lui administrer des médicaments. 
Je n'avais encore jamais pratiqué cet acte. C'est forcément très désagréable pour le malade. Notre patient a 69 ans. Il est peu conscient. Mais cet acte invasif ne lui convient pas du tout. Alors que j'enfile le tube le plus délicatement possible dans sa narine droite, il gémit et se met à tousser, ce qui peut avoir pour effet de refouler la sonde par la bouche. C'est assez fréquent et l'opération est à refaire. Pour mon cas, l'évolution du tube dans la gorge puis dans l'oesophage se déroule plutôt bien. On vérifie que le tube n'a pas pris le trajet de la trachée pulmonaire en plongeant l'autre extrémité dans un récipient d'eau. S'il n'y a pas de bulle, on est sur le bon chemin. Une fois le tube arrivé à l'estomac, il ne reste qu'à le fixer au niveau du nez pour qu'il ne ressorte pas. J'ai essayé d'accompagner mon geste avec des mots rassurants, mais le vieux malade n'a pas cessé de râler et gesticuler la tête.
Je lui administre alors un médicament dilué dans de l'eau avec une grosse seringue. C'est au moment de détacher la seringue de l'embout que l'estomac du patient est pris d'une violente crampe qui a pour effet d'éjecter une partie de ce que je viens d'injecter, arrosant par la même occasion ma belle blouse d'infirmier !

Voilà, j'arrête là pour les détails techniques, n'étant pas sûr que tout le monde apprécie la description de ce genre de pratique ...
Ce qui est sûr, c'est que ces quatre semaines m'ont permis de voir beaucoup de choses, de mieux comprendre les maladies et leur prise en charge (grâce également à la présence des médecins) et de faire du lien avec ce que l'on nous apprend en théorie. Le tout teinté d'une différence culturelle qu'il faut apprendre petit à petit à décoder ...

Dans l'office infirmier, les casiers des patients
et au-dessus les alarmes (ampoules) des chambres


Miss Orgella remplit les dossiers de soins ...

Selfie avec Miss Compère !


D'un point de vue relationnel, mes collègues infirmières ont elles aussi peu à peu accepté ma présence parmi elles, et des échanges sympas et riches ont pu avoir lieu entre nous. 

Une page se tourne, car dés lundi, je change de service, pour 4 nouvelles semaines dans le service chirurgie et urgences. Une autre aventure commence ...



lundi 13 avril 2015

Petit coin de paradis ...

Après 3 semaines de présence dans le pays, des week-ends et journées passés en montagne ou en ville, il était temps que j'aille à la rencontre de ces paysages qui évoquent d'avantage les Caraïbes.

C'est chose faîte ...

A une heure et demi de voiture de Port-au-Prince, nous prenons un bâteau dans le village de Petit Goave. Petite barque de pêcheur plus précisément, mais à moteur.
Alors que nous suivons la côte depuis plus d'une heure, l'embarcation se faufile entre deux rochers, et nous dévoile ... ça :





On en a le souffle coupé tellement le décor semble irréel. Chacun y va de son "c'est hallucinant", "c'est énorme", "ça paraît incroyable". Et c'est vrai qu'il y a à cet endroit une lumière et des couleurs saisissantes.
Ce que l'on voit sur les cartes postales existe donc bel et bien !
La plage est tenue par les femmes d'un tout petit village voisin. Elle proposent à midi du poisson grillé accompagné de riz, de bananes frites (et salées), et des boissons fraîches ! Le tout pour à peine 20€, y compris l'accès à la plage, qu'elles s'efforcent de garder propre.
Facile de se laisser tenter ... 
Il y a aussi moyen de passer la nuit sous tente, au bord de l'eau. Cela devrait à coup sûr faire l'objet d'un prochain week-end ...
Et l'eau doit avoisiner les 30 degrés ... Voilà je pense avoir fait le tour :-) ...


dimanche 5 avril 2015

Week-end à Dessalines


Mon week-end en quelques images ...

Vendredi matin, rando. 600 m de dénivelé pour aller chercher le panorama sur Port-au-Prince.
Départ 7h30 à la fraîche mais le soleil monte vite (surtout dans ces moments-là) et les degrés ralentissent considérablement les dernières centaines de mètres (il n'y a peut-être pas que les degrés, je sais ...).



Les trois plus hauts bâtiments de Port-au-Prince : Deux opérateurs telecom et un hôtel ...

Les fameux derniers mètres ...

Direction Dessalines ...

Vendredi après-midi, je prends un car pour l'ancienne capitale d'Haïti. 
J'y suis attendu par Neifide et Fritz, son mari. Elle est infirmière et a complété ses études à Lyon dans le développement local. Lui est coordinateur national des centres d'animation culturelle. Grâce à eux, je peux me fondre dans cette ville paisible, loin du tumulte de la capitale, et m'enrichit un peu plus de l'histoire et des coutumes de la société haïtienne ...





Dessalines tire son nom du révolutionnaire Jean-Jacques Dessalines, qui a largement contribué à rendre Haïti indépendante en 1804. Il a fondé cette ville peu après, au coeur de la région de l'Artibonite, aujourd'hui considérée comme le grenier d'Haïti. Une source permet d'alimenter la ville en eau.



D'un côté la vallée verdoyante où l'on cultive de tout, mais surtout du riz, de l'autre les montagnes où surplombent pas moins de sept forts, érigés par Dessalines au cas où les forces françaises reviendraient pour tenter de récupérer Haïti ...




En cette période de Pâques, Dessalines, comme beaucoup d'autre communes en Haïti, voit défiler dans ses rues les Rara. Par quartiers, les habitants se déguisent et défilent dans les rues. Cela ressemble à nos carnavals, avec ici une teinte de vaudouisme.
En tout cas le but est le même, exorciser les malheurs du quotidien, se lâcher, faire la fête ...





















jeudi 2 avril 2015

Un bébé qui n'a pas de veine, et autres histoires de la semaine ...

Pour moi la semaine est terminée depuis ce jeudi 13h30.
Demain, c'est férié ici en Haïti. C'est le vendredi de Pâques. Mais en revanche je travaille lundi !

Après 9 jours de stage ...

Première visite aux urgences ce matin, à l'arrivée d'un bébé de 7-8 mois présentant diarrhées et vomissements depuis 5 jours. L'urgence est donc de le réhydrater au plus vite, et pour cela, il faut lui poser un cathéter veineux.
C'est tout d'abord Miss Fleurant, la cadre du service Urgences-Bloc qui s'y colle. Le bébé est occupé à téter le sein de sa mère, mais il doit bien sentir que quelque chose de désagréable se prépare. Poser un cathé sur un bébé n'est pas simple. Les avants-bras et les mains sont tout potelés et les veines quasi-invisibles. Et particulièrement sur cette petite fille.
Le premier essai sur la petite main est un échec, et Miss Fleurant essaie un peu plus haut dans le plis du coude. Mais là encore, tandis que l'enfant hurle et se débat, l'aiguille ne trouve pas la veine. 
On change alors de côté. La cadre est assistée d'une infirmière, puis deux. Et le geste qui habituellement ne prend pas plus de 5 minutes, est en train de virer au calvaire pour le bébé car de ce côté-ci, les veines ne sont pas plus visibles et Miss Fleurant n'y parvient pas.
Il faut essayer toutes les possibilités car cette enfant doit être réhydratée, il n'y a pas le choix. Ce sont ses petits pieds qui font maintenant l'objet de toute l'attention des soignantes, à la recherche désespérée d'un signe visible ou même invisible (au toucher) de la présence d'une veine. On pique, on repique. Et ça ne marche toujours pas. Alors on réessaye les bras, les mains. L'épreuve est pénible pour toute l'équipe, pour la mère et la petite fille bien sûr. Cette dernière alterne cris de détresse et moments d'endormissement, à bout de force. Les infirmières et cadres se succèdent. Même Miss Bernadotte est venue en renfort.
Le médecin du service est là lui aussi. Il glisse en créole à l'oreille de Miss Fleurant que c'est sûrement le blanc qui porte la poisse et qu'il devrait peut-être sortir, juste pour voir ... Ce à quoi la cadre répond par un rire franc. Et qu'il n'est pas question que je sorte ! C'est le médecin lui-même qui me raconte cela dans un second temps. Tout cela est pour plaisanter bien sûr. Mais je ne peux m'empêcher de me dire que désormais je vais rester jusqu'à la fin de l'opération, parce que si je devais quitter la pièce et que le geste réussisse à cet instant, les dires du médecin pourraient bien être pris au sérieux !! 
Il faut savoir qu'en Haïti, les blancs ne sont pas toujours les bienvenus, assimilés aux grosses ONG venues après le séisme et pas seulement responsables de la reconstruction du pays, ou bien aux forces de l'ONU encore présentes dans le pays (La MINUSTAH - Mission des Nations Unies Pour la Stabilisation en Haïti) pas très appréciées par la population et donnée responsables de l'épidémie de choléra survenue après le séisme. Bref, le blanc peut effectivement être synonyme de porte-malheur pour certains individus.

Mais retournons à notre enfant.
Il aura fallu 1h45 pour que cesse le cauchemar ... C'est Miss Fleurant qui trouve enfin une veine au niveau du pied gauche et ouvre pour cette petite fille la voie de la réhydratation ...

Un début de semaine difficile ...

Lundi et mardi ont été pour moi des journées compliquées. 
Miss Bernadotte, avec qui j'étais jusque là en bons termes, a brusquement changé d'attitudes avec moi. 
En une semaine de stage, je ne suis pas parvenu à intégrer parfaitement le fonctionnement du service, et il semblerait que la cadre aurait voulu qu'il en soit autrement. Alors elle me reproche de ne pas comprendre plus vite, et surtout, elle me fait remarquer à maintes reprises qu'elle n'a pas que ça à faire que de s'occuper de moi ... C'est une situation très délicate pour moi. Je ne sais plus par où prendre les choses, hésitant à demander des précisions lorsque je doute sur le décodage d'une prescription, d'une posologie. Et pourtant, l'administration d'un médicament n'étant pas un acte anodin, j'ai besoin d'être sûr de moi. Mais la relation qui s'est instaurée avec elle depuis le début de semaine entame sérieusement ma confiance en moi.
Mardi est un jour particulièrement dur à vivre, et je remets même en question la poursuite de ce stage dans de telles conditions ainsi que ma venue en Haïti.
Mais cela fait partie de l'apprentissage. Je remarque surtout que loin de nos repères, de notre cadre affectif habituel, il est facile de se faire une montagne de problèmes qui ne sont pas si graves que cela. Et il est facile aussi de trouver refuge dans le jugement, comme pour mieux se protéger.
Il est du coup indispensable de pouvoir prendre du recul sur ce genre de situation. Et d'en discuter au plus vite avec les personnes susceptibles d'apporter écoute, compréhension et soutien. Ce qui a été fait, avec le directeur de l'hôpital notamment, et avec d'autres qui se reconnaîtront et que je remercie.
Le lendemain, les choses s'arrangent. Nous discutons avec Miss Bernadotte de cet épisode. Je lui redis combien j'ai besoin de temps pour assimiler ce fonctionnement si différent du notre, lui rappelle que je ne suis qu'étudiant et n'ai jamais réalisé de stage en service de médecine. Elle est d'avantage dans la compréhension. Nous évoquons aussi le déroulement de mon stage dans les semaines à venir au sein de l'hôpital. Notre relation s'apaise. Et les journées qui suivent, hier et aujourd'hui, reprennent un cours normal ...

Cette semaine enfin a vu le décès de trois patients, dont une vieille dame amputée au dessus du genou suite à une gangrène, que j'avais déjà évoqué dans un précédent article. 
Face à la mort les proches peuvent être très expressifs. A l'image de cette personne, la fille de la défunte, qui pleure et hurle sa douleur en faisant les cent pas dans les couloirs du service, saute, se met à courir et crie de plus belle, entrant dans un comportement qui s'apparenterait à une transe ... Une façon d'extérioriser sa souffrance, bien différente de ce que l'on a l'habitude de voir chez nous, où l'on garde silence et dignité, tout au moins en public ...

Demain commence un week-end de trois jours. Avec en perspective un petit séjour à Dessalines, ancienne capitale d'Haïti, chargée d'histoire ...
Et des choses à raconter dés lundi ... Bon week-end à tous ! 


lundi 30 mars 2015

Une journée en montagne ...

Port-au-Prince est entouré de montagnes. 
Dimanche, après avoir sillonné les petites routes qui grimpent (et ce n'est rien de le dire) dans les vallées escarpées, nous nous retrouvons au milieu des pins, à 1600 m d'altitude, à seulement une heure de la capitale et 15 °C degrés en moins. Il fait 20°C à notre arrivée, la brume et un petit vent frais se sont levés et nous poussent à mettre un pull.


Un superbe chalet de montagne entre pins et bananiers ...

Le climat doux et humide permet ici tout type de cultures. Fruits en tout genre (et même des fraises), pommes de terre, carottes, oignons, aubergines, choux. On trouve de tout sur les marchés de Port-au-Prince. Fruits et légumes descendent des vallées plus ou moins reculées de l'arrière-pays, non sans avoir parfois transités par de nombreux intermédiaires, ce qui fait que les prix sont parfois élevés pour le client final.

Cultures en terrasse

Ce week-end, j'en ai profité également pour faire une petite visite de la capitale ... en voiture. 
Il n'est pas facile de sortir un appareil photo de valeur dans les rues, sans courir le risque de se faire repérer par des personnes mal intentionnées. Du coup, les photos sont prises depuis la voiture. En voici quelques unes, en attendant de pouvoir vous proposer un vrai diaporama que, pour l'instant j'ai du mal à réaliser sur ce blog !




La cathédrale de Port-au-Prince, détruite lors du séisme