mercredi 13 mai 2015

Histoire d'ados, d'art et de maladie ...

Aujourd'hui, j'intervenais pour la troisième fois auprès d'un groupe d'une dizaine d'ados, séropositifs, sur un atelier mêlant photo, expression plastique et mots ...


Cette action s'inscrit dans le cadre de ma formation d'infirmier. Nous devons réaliser une action de santé publique auprès d'un public identifié comme cible prioritaire pour de la prévention ou de la sensibilisation autour d'une problématique de santé.
A Port-au-Prince, la prévalence du VIH-SIDA est malheureusement importante. C'est donc assez naturellement que je me suis orienté vers ce public d'adolescents, qui constituent des vecteurs déterminants pour les générations futures.Pour mieux connaître cette population sur la ville de Port-au-Prince, je me suis appuyé sur l’expérience de l’organisation GHESKIO, présente en Haïti depuis 1982 et engagée depuis cette date dans la lutte contre le VIH/SIDA.

Ensemble nous avons mis en place cet atelier photo/expression artistique articulé autour de cinq séquences avec comme objectif de responsabiliser les jeunes face à la maladie.
L'atelier devient alors un outil de médiation qui d'abord génère de la cohésion de groupe et lutte contre l'isolement.
Il permet également et surtout d'adresser des messages tels que l'adhérence au traitement : prise régulière et au  bon dosage des médicaments, respect du suivi avec le médecin, d'apporter des informations générales sur la maladie (notamment la transmission et les méthodes pour l'éviter). Eux-mêmes deviennent alors vecteurs auprès d'autres jeunes.
Le  but ultime étant pour eux de faire reculer le plus longtemps possible l'arrivée de la maladie et à une plus grande échelle d'enrayer la transmission.



Notre projet repose donc sur la conception d'une fresque incluant photos, dessins, peintures, découpages, que nous exposerons sur un mur du centre et fera l'objet d'un vernissage.
Pour cette troisième séquence, nous travaillons sur quatre planches papier, identifiées en quatre thèmes : La vie, le courage, la maladie, l'espoir.
Chaque participant travaille au début sur un premier thème, laissant aller son imagination et son expression artistique. Vingt minutes après, chaque participant laisse sa place à son voisin de gauche, pour prendre celle de son voisin de droite et ainsi s'approprier le thème suivant. Cet un exercice très intéressant car il oblige à abandonner ce que l'on vient de produire et à s'emparer d'une expression déjà commencée dont on doit faire quelque chose ... J'avais vu ça en stage de psychiatrie (merci Jeanne !) et j'ai voulu l'adapter à la situation, et ça a plutôt bien fonctionné. Le résultat final dans une quinzaine de jours ...


C'est en tout cas un exercice nouveau pour moi. Très enrichissant. Et très touchant aussi. Les ados avec qui je travaille sont motivés et pour la plupart pleins de vie et d'enthousiasme. 
Ils ont quasiment tous hérité de cette saloperie à la naissance et je me demande bien comment on peut grandir avec cette maladie et tout ce qu'elle génère dans l'imaginaire des gens, adolescent à Port-au-Prince de surcroît ...


dimanche 10 mai 2015

Essai sur la société haïtienne (première partie)

Après 7 semaines d'observation, de lecture et d'échanges, je vous livre ma perception de la société haïtienne, en tout cas ce que j'en ai compris. Bien sûr, cette description est loin d'être objective, étant là depuis peu de temps, n'ayant pas vu toutes les facettes de cette société, et n'étant par ailleurs pas sociologue !


Il est important pour commencer de rappeler le socle historique sur lequel s'appuie cette société aujourd'hui.
Le peuple haïtien est constitué pour la très grande majorité de descendants d'esclaves venus pour beaucoup de Guinée. Exploité durant trois siècles, il a ensuite été cherché son indépendance dans le sang en 1804, en repoussant les troupes de Napoléon. 
La France n'a reconnu cette indépendance que 25 ans plus tard, sous la condition qu'Haïti rembourse une dette correspondant au manque à gagner que représentait cette soudaine perte. Quand on y réflechit, c'est quand même assez fort.
Cette dette s'élèvait à 150 millions de francs or, ce qui équivaudrait aujourd'hui à 17 milliards d'euros ! Elle a été soldée en 1886, mais les haïtiens ont payé les intérêts jusqu'au milieu du 20ème siècle ...
Vous remarquerez au passage que ce passé peu glorieux de notre beau pays est absolument absent de nos livres d'histoire ...
Toujours est-il que ce premier élément a joué dans le développement économique du pays, c'est indéniable. Et ce contentieux entre Haïti et la France est omniprésent encore aujourd'hui. François Hollande dans son discours aujourd'hui en Guadeloupe a souligné ce problème et nul doute qu'il y reviendra mardi lors de sa visite en Haïti ...

A cela il faut ajouter une main mise quasi omniprésente des Etats-Unis sur l'île, pour des raisons géo-stratégiques, difficiles parfois à déchiffrer. Notons simplement que Cuba n'est qu'à 150 km des côtes haïtiennes.
Rappelons enfin qu'à partir de 1957, Haïti a connu 30 années d'exaction sous le joug des Duvallier père et fils. 30 années durant lesquelles de nombreux intellectuels ont dû fuir le pays (notamment pour les Etats-Unis et le Canada) sous la menace des fameux tontons macoutes.
Depuis la chute de Bébé Doc (c'est ainsi qu'on surnommait Jean-Claude Duvallier) en 1986, l'instabilité chronique, là aussi savamment entretenue par ceux qui ont de gros intérêts économiques ou politiques en Haïti - Le pays est une des principales plaques tournantes du narco-trafic entre Etats-Unis et amérique Latine - l'instabilité chronique donc, maintient le pays dans un état de pauvreté avancée ou pour beaucoup la survie est devenue une préoccupation quotidienne.
La majorité des haïtiens qui a vu défiler des gouvernements corrompus et surtout inefficaces tourne le dos aujourd'hui aux promesses electorales des uns et des autres, boudant les élections (le taux d'abstention de la dernière présidentielle est proche de 80%).
C'est donc muni de ce prisme qu'il faut analyser les comportements.
Ainsi les haïtiens ont appris malgré eux à être méfiants vis à vis de leur propre voisin, méfiants aussi à l'égard de l'étranger, en particulier du blanc. J'ai pu le constater à mes dépends en début de stage, mais dans d'autres contextes également.
Il faut aussi souligner que les blancs sont assimilés à la fois aux riches, à ceux qui ont le savoir, le pouvoir, aux donateurs (à travers la multitude d'ONG présente sur le territoire) doublés parfois d'un habit de profiteur, aux anciens colons, dont beaucoup de ces derniers se sont mariés à des femmes haïtiennes, donnant naissance à des métisses que l'on appelle aussi mûlatres. Ayant pu bénéficier de l'éducation et de l'argent,  ces derniers sont aujourd'hui parmi les riches haïtiens, solidement ancrés dans le business où dans les rangs du pouvoir de génération en génération.
Pas étonnant donc que certains haïtiens nous perçoivent aussi comme responsables de tous leurs maux, un peu comme ailleurs on désignerait le noir ou l'arabe comme la cause de sa propre impuissance (suivez mon regard ...).
A titre d'exemple, un soir d'avril, nous nous rendons à un concert à l'Institut Français. C'est un concert en plein air. Beaucoup de monde est présent car les artistes qui jouent et chantent ce soir-là sont connus ici en Haïti.
Soudain, un groupe de jeunes, excités à la Prestige (bière locale), s'inspirant du tempo de la chanson en cours, se met à entonner un refrain qui dit "A bas colons, à bas Minustah" (MIssion des Nations Unies pour la STAbilisation en Haïti). Au moment où les paroles de l'artiste expriment par ailleurs la paix. Forcément, on se sent un peu visés. Et mal à l'aise, on préfère s'éloigner du groupe. Et puis on relativise, ce groupuscule est isolé et loin d'être majoritaire, mais cela montre bien que finalement, où que l'on se trouve dans le monde, l'appauvrissement culturel, le manque d'éducation et la perspective d'un avenir incertain constituent un terreau fertile à la stigmatisation de l'étranger et à la recherche de boucs émissaires. Ici, le bouc émissaire, ça peut être le blanc, ça change un peu ...




samedi 2 mai 2015

Une fin de semaine qui s'accélère ...

Ce matin, j'ai décidé de marquer un pause au milieu du pont du 1er août. Je suis retourné à l'Hôpital Français, en chirurgie, pour assister à une prostatectomie. L'opération était prévue depuis mercredi et comme le début de semaine avait été calme, il me semblait intéressant d'assister à cette intervention ...

J'arrive à 7h. J'apprends que l'opération prévue à 8h va être décalée car on va d'abord devoir procéder à une césarienne en urgence. Une jeune femme souffre depuis la veille. Son bébé est à terme mais les voies naturelles semblent impénétrables pour cet enfant qui présente par ailleurs une tête trop volumineuse ...

A 8h, tout est en place pour accueillir la patiente. Et en quelques minutes seulement, le chirurgien a incisé depuis l'épiderme jusqu'au placenta. Une boule couverte de cheveux noirs fait son irruption l'instant d'après. N'ayant encore jamais vu cela "en vrai", inutile de dire que je suis impressionné. C'est un moment d'intense émotion, abrégé injustement car une effervescence s'est soudain constituée autour du bébé qui ne hurle pas comme tout petit être humain qui se respecte. On le frotte, on l'oxygène, en l'aspire en tout sens. La tension monte jusqu'à ce qu'enfin des petits cris aigus libèrent l'angoisse générale. Surtout la mienne en fait ...
La maman va bien, le petit garçon (si j'ai bien vu) se porte bien également merci ...

La deuxième salle d'opération est prête pour accueillir un vieil homme qui souffre de troubles de la miction (problèmes pour faire pipi ...), due à un adénome (tumeur bégnine) présent dans la prostate et qui fait obstacle. Il faut donc le retirer.
Les gestes du chirurgien sont précis et fermes. Je m'habitue peu à peu à cette vision qui reste troublante d'un corps qui s'ouvre et offre à la vue ce qu'il y a à l'intérieur. C'est à la fois repoussant car on a du mal à éviter notre propre projection à la place du patient et en même temps fascinant. 
Le chirurgien a incisé la vessie et il doit désormais aller déloger cet adénome qui obstrue l'urètre. Il le fait avec ses doigts et met quelques minutes avant de sortir ce bout de viande que l'on place immédiatement dans un petit pot à des fins d'analyses ...
Il faut ensuite recoudre tout ce qui a été découpé : vessie, péritoine (membrane qui recouvre tous les organes de l'abdomen), fascia (qui couvre le muscle abdominal), tissu adipeux, épiderme. Ce travail est long et méticuleux, mais garant d'une bonne cicatrisation.

La matinée n'est pas terminée ... On sonne de façon insistante à la porte des urgences : une foule de personnes, dont l'équivalent local de notre SMUR, accompagne sur une civière un homme d'une quarantaine d'années, atteint par une balle, au niveau du crâne.
La victime est dans le comas. Nous la hissons sur le lit de la salle d'urgence. Elle vient directement d'un autre hôpital qui ne pouvait l'accueillir mais où il lui a été posée une perfusion et effectué un scanner qui a révélé la présence du projectile à l'intérieur du crâne. L'homme, inconscient, a une fréquence respiratoire élevée. Sa tension, elle aussi très haute, ne laisse rien présager de bon.
Le médecin de garde, après une auscultation rapide (il constate notamment que ses pupilles ne se dilatent plus à la lumière) nous confirme que son état est désespéré.
Il faut savoir qu'en Haïti, les armes sont très courantes, et ce genre d'accident l'est aussi malheureusement. De nombreuses anecdotes m'on été rapportées de personnes qui se sont faites tirer dessus après avoir refusé de céder au braquage. La leçon n°1 est donc : Si tu te fais braquer, tu donnes tout ce que tu as sans opposer de résistance !
Le pauvre homme est gardé sous surveillance. Lorsque j'ai quitté le service, il était toujours en vie ...

Une dernière intervention se prépare dans l'une des salles. Une dame d'une soixantaine d'années présente une occlusion intestinale et doit subir une opération exploratoire de l'abdomen.
Aussitôt dit aussitôt fait ! Après anesthésie générale, le chirurgien incise l'abdomen et ... en extirpe (on pourrait dire extripe dans ce cas) l'ensemble du gros intestin afin d'explorer où se trouve l'occlusion et surtout quelle en est la cause. C'est là encore une image très impressionnante pour moi. Je ne peux m'empêcher de penser à la bonne vieille méthode de l'inspection d'une chambre à air  gonflée et trempée dans une bassine d'eau pour localiser où elle est percée ...
A cet instant, le chirurgien m'interpelle. Il me demande de prendre quelques photos avec son Iphone. Ils ont localisé l'endroit où ça bloque. L'intestin est vrillé et comporte des brides (vraisemblablement dues à une opération plus ancienne). Je m'applique donc à immortaliser cette anomalie en gros plan.

Sinon, je ne fais pas que des photos ! 
Ce n'est pas simple de s'intégrer dans une équipe où tout va vite, où les repères et les habitudes sont tellement ancrés que les actions se déroulent avec logique et fluidité.
Avant que tout ne s'accélère, j'assiste l'anesthésiste dans la préparation du matériel, j'aide à l'installation du patient lorsqu'il arrive en salle. Durant l'intervention, j'observe tout. Ce que font les chirurgiens autant que ce qui se passe autour et là où je pourrais être utile. J'ouvre les paquets stériles et les offre à l'infirmière instrumentiste, j'active ou désactive l'appareil à succion. Je remplace momentanément l'anesthésiste et assure le contrôle des signes vitaux ... 
Mais il faut du temps. Du temps pour intégrer la vision d'une chirurgie à ventre ouvert, du temps pour anticiper les gestes et besoins des chirurgiens, du temps pour comprendre et intégrer l'organisation minutieuse d'une intervention. 

A 13h30, je quitte le bloc. Tout cela m'a mis en appétit et ça tombe bien, je suis attendu par des amis sénégalais pour manger un bon Tieboudien ! 

Elle aussi je l'aurais bien mangé mais ses parent n'ont pas voulu ...

Et un bon gros big up à Chloé, Inès et Solène à Ouro-Sogui que je mets au défi de manger haïtien (préparé par un haïtien) avant la fin de leur séjour ...




mardi 28 avril 2015

Retour à Cocoyer Beach ...

Quand on aime, on ne compte pas. Dimanche, je suis retourné à la plage de rêve, avec pour changer, un accès par la montagne. Depuis un petit hameau avec un nom tout mignon : Trouchouchou !



C'est ici que nous laissons les véhicules sous la bonne garde des gamins du village.
L'un d'eux nous montre le chemin pour descendre jusqu'à la plage de Cocoyer ...


450 mètres plus bas nous attendent les lueurs turquoises de la mer des Caraïbes ...


L'accès se fait par un chemin plutôt bien tracé mais assez abrupte, arboré et bordé de cultures, notamment beaucoup de bananiers.



Malheureusement de nombreuses forêts comme celle-ci ont disparu en Haïti, à cause du commerce du charbon de bois, sans réel soucis de gestion de ces ressources naturelles pour les génération à venir. 
En certains endroits cependant, des forêts ont été préservées, selon la volonté d'un ou plusieurs acteurs locaux. Mais ce genre d'initiative n'est pas majoritaire et comme il n'y a pas vraiment de lois qui légifèrent dans ce domaine, ou en tout cas personne pour les faire appliquer, la déforestation reste en Haïti un problème majeur ...


Maisons d'habitation ...

Et la plage est toujours là ...






Un bâteau chargé de charbon de bois ...


samedi 25 avril 2015

Premiers pas en chirurgie ...

C'est une semaine exceptionnellement calme pour le service qui vient de s'écouler ...Elle m'a cependant permis de découvrir ce monde totalement inconnu pour moi. L'environnement du bloc opératoire ...


Le service urgences-chirurgie de l'Hôpital Français est un service un peu à part. D'abord parce qu'il occupe un bâtiment un peu en marge du reste de l'hôpital, loin des allées et venues des accompagnants, du personnel soignant, des garçons de service ou autres agents d'entretien. 
Ensuite car il offre une sorte d'oasis aux médecins qui viennent fréquemment boire un petit café dans le salon dédié. Pause dont ils profitent pour discuter entre eux, mais aussi avec les infirmiers en service. Il y règne donc une bonne ambiance, plutôt décontractée. Comme le dit une infirmière, Miss Lamarre, "c'est comme si c'était notre maison". 

Les salles d'opération, au nombre de trois, dont deux sont opérationnelles (problème de clim dans la troisième : Freeeed ! On a besoin de toi !), sont propres et très bien entretenues. L'une d'entre elles a même été conçue pour les étudiants en médecine. Elle est surplombée d'un mini-amphi théâtre aux vitres sans teint qui permet d'assister aux interventions.






Les salles d'op sont plutôt bien équipées. Les produits et petits matériels ne manquent pas. Tous les instruments sont stérilisés après utilisation dans un autoclave, après avoir été soigneusement empaquetés dans des tissus.

Miss Lamarre sort de l'autoclave les instruments,
compresses, tissus stérilisés ...

Pour que les blocs soient opérationnels, un inventaire précis est réalisé chaque matin.
Petit matériel, médicaments de l'urgence, fournitures diverses et variées, doivent être en place en cas d'intervention prévue ou non prévue. Cela fait partie de la mission infirmière. Y compris celle de garantir une hygiène irréprochable. On passe donc une heure chaque matin à désinfecter les surfaces, murs, portes, tablettes et les appareils.

Comme je l'ai dit en introduction, la semaine a été calme. 5 interventions seulement. Je n'étais pas là pour 3 d'entre elles. Honnêtement je ne regrette pas d'avoir manqué l'orchidectomie. Et je pense que les hommes me comprendront lorsque Wikipédia les aura renseigné sur ce que c'est ...
En revanche, j'ai pu assister à deux reprises à des réfections de pansement sur une patiente dont l'histoire est un peu particulière ... 
C'est une bouchère, qui en allant choisir sa viande s'est faîte chargée par un taureau. Soulevée à plusieurs mètres du sol, elle est retombée lourdement sur le sol et s'est ouverte le coude. Elle a décidé dans un premier temps de recourir à la médecine traditionnelle, ce qui est ici très fréquent. Les médecins eux-mêmes se soignent volontiers avec des méthodes empiriques, souvent des décoctions de feuilles possédant des vertus pour soulager maux de tête, maux de ventre etc ...
Notre bouchère a donc appliqué sur la plaie des feuilles aux vertus anti-inflammatoires reconnues, mais dont la particularité si on les laisse trop longtemps en contact avec la peau, est de "brûler" celle-ci. Ce qui s'est produit dans notre cas, provoquant une sur-infection de l'ensemble du bras.
Lorsqu'elle s'est enfin rendue à l'hôpital, son bras était tellement purulent, que le chirurgien a du lacérer la peau en plusieurs endroits afin de drainer le pus.
Lorsqu'on lui a enlevé le pansement et ignorant tout de cette histoire, j'ai d'abord cru, à la vue des profondes entailles, que cette femme avait été attaquée par un requin. Et en même temps, je n'arrivais pas à l'imaginer sur un surf en bermuda Hawaï ... 
C'est le Dr Bazelais, directeur médical de l'hôpital et chirurgien, qui tout en nettoyant les plaies, m'a expliqué l'origine de ces lacérations. Et la méthode est efficace. Le pus ayant été évacué, les plaies vont pouvoir se refermer d'elles-mêmes, mais c'est quant même impressionnant.
3 jours plus tard, cette dame est revenue pour la même intervention. Lavage, débridement (on enlève les tissus morts pour favoriser la cicatrisation) et réfection de pansement. Cette fois-ci, une des plaies était investie de petits asticots, occupés à manger les tissus nécrosés. Cela arrive parfois mais n'est pas un problème en soi puisqu'ils participent eux-aussi à éliminer toutes les parties mortes. On commence d'ailleurs à utiliser cette technique en France et ailleurs pour accélérer la cicatrisation.
Cette intervention est beaucoup plus éprouvante pour la patiente. Plus douloureuse surtout. Le chirurgien lui a bien injecté au préalable un anesthésiant local autour de chaque coupure, rien y fait. Elle se tord de douleur et gémit. C'est assez difficile à supporter, y compris pour moi dans une moindre mesure bien sûr, et on se sent bien démuni ... Je ne trouve rien d'autre que de lui offrir ma main qu'elle serre désormais fort dans la sienne. Ce n'est déjà pas si mal, mais je me pose la question de la prise en charge de la douleur ici ...
Des éléments de réponse me sont donnés plus tard par le même médecin, Dr Bazelais, qui m'explique que d'une part cette patiente a déjà fait de mauvaises réactions aux anesthésiants, donc il ne préfère pas prendre de risques. Un autre raison est d'ordre financier. Cette patiente n'est pas assurée. Et chaque administration d'anesthésiant a un coût, qui viendrait se rajouter à la somme déjà considérable qu'elle a dû verser pour ces soins : environ 3000 € ...

dimanche 19 avril 2015

Mon quotidien ...

Voici un petit panorama de mon quotidien en Haïti ...


Bien sûr, mon quotidien, c'est avant tout mon stage à l'hôpital.
Mais à 13h, lorsque ma journée de travail est terminée, je retourne "chez moi".
Et cela commence par traverser en voiture une partie de la ville ...


Voici un petit aperçu du lieu ...






Tennis et piscine à dispo ...




Je dois dire que c'est plutôt sympa de se retrouver dans cet endroit, relativement calme, qui contraste avec le bruit et l'encombrement des rues de Port-au-Prince ...
A l'étage il y a deux chambres dont une avec terrasse qui donne sur la parc, les oiseaux et les arbres, mais ce n'est pas la mienne. Damien est pourtant généreux mais il y a des limites ...
Damien, c'est lui :


On s'est connu il y a une quinzaine d'années. Il a vécu près de 10 ans au Sénégal et est en Haïti depuis 18 mois. Son boulot c'est de faire avancer les choses. Accompagner et encourager les initiatives locales qui vont dans le bon sens, celui chargé des valeurs qui sont les siennes : respect, solidarité. Damien est quelqu'un de sincère, passionné, passionnant et profondément généreux. Et je ne dis pas ça parce qu'il m'héberge et que j'ai besoin de sa voiture tous les jours !
On s'entend bien. Nous formons un couple heureux depuis que je suis arrivé en Haïti ! Il m'héberge et en échange de quoi je lui fais à manger. Et ça fonctionne !

Mesdames, ne vous enflammez pas. Le coeur de ce beau et valeureux garçon est pris par une charmante (le mot est faible) jeune femme qui vit en Guadeloupe ... 

Bref, c'est un vrai plaisir que de vivre cette expérience à ses côtés.

Mon quotidien ici c'est aussi le sport, histoire de vieillir en bonne santé. 3 à 4 fois par semaine nous allons dans une salle de sport plutôt bien équipée d'un hôtel à proximité ...


Sinon, c'est le footing du samedi matin, sur les hauteurs de la ville, de préférence avant les premières chaleurs de la journée ... 


Et sur le retour, on s'arrête faire le plein de fruits et légumes pour la semaine ... C'est un moment que j'aime beaucoup. On négocie, mais pas trop. Les prix restent cependant assez élevés. Pour avoir un ordre d'idée, un ananas produit ici se négocie ici entre 3 et 4 €. Ce qui est bien sûr inabordable pour la majorité des haïtiens ...
Le reste des courses, nous le faisons au supermarché. Mais là aussi, la note s'envole très vite avec les produits d'importation. Il n'y a guère que la viande, produite localement qui soit moins chère que chez nous. On trouve du boeuf à partir de 3 € le kilo par exemple ...




Cerises d'Haïti ...




vendredi 17 avril 2015

Après 4 semaines de stage ...

Me voici à mi-stage. 4 semaines de faîtes, 4 semaines à faire. L'heure de faire un petit bilan ...


Après des débuts pas toujours évidents, en terme d'accueil, d'encadrement, de repères aussi, j'ai petit à petit intégré le fonctionnement propre à cet hôpital de Port-au-Prince, qui je le rappelle est un établissement privé. Les hôpitaux publics fonctionnent différemment. 
En poste au pavillon (bâtiment qui regroupe l'ensemble des 40 chambres individuelles que propose l'hôpital) et sous la bienveillance de Miss Bernadotte à laquelle j'ai souvent fait allusion dans mes premiers articles, j'ai eu à m'occuper de patients variés, tant par leur pathologie, que par leur âge, leur personnalité également.

Miss Bernadotte


Il m'a fallu du temps pour comprendre le fonctionnement du service, la logique de la prise en charge, les multitudes de petits réflexes à adopter.
Par exemple, un jour, on me demande de retirer une perfusion qui est terminée, afin de la remplacer par une nouvelle. Je retire donc le tout, poche et tubulure, que j'évacue à la poubelle, comme on le fait en France. Sauf qu'ici, on économise au maximum, donc on ne jette surtout pas la tubulure qui ressert avec la nouvelle poche ! Il ne faut jamais oublier que le patient paye ...
Il en est de même pour les cathéters. Si un patient est difficile à piquer et qu'il nécessite plusieurs tentatives, on utilise la même aiguille, jusqu'à 3, 4 parfois 5 fois. Chez nous, on remplace l'aiguille après chaque tentative échouée ...

Pendant cette première période, j'ai pu exécuter des gestes techniques. En voici quelques uns :
Pose d'une perfusion chez un patient d'une quarantaine d'année. Je suis accompagné par Miss Germain, une infirmière. Je repère une veine de l'avant-bras qui me semble bien se présenter, prête à accueillir mon aiguille avec le sourire ! 
Préparation, aseptie, gants, et me voilà parti avec mon aiguille qui hésite. Je force d'avantage, mais rien n'y fait, l'aiguille fait un blocage ! Impossible de pénétrer l'épiderme. Je mets cela sur le compte de la peau tannée du travailleur manuel. Miss Germain essaye à son tour. Elle n'y parvient pas d'avantage. Nous changeons d'aiguille et de site. Cette fois-ci, j'essaye sur la paume de la main. La veine est belle ... Et l'aiguille  s'enfonce enfin comme dans du beurre. Il s'avère que la première avait un défaut. Mal aiguisée pourrait-on dire. Et cette situation se reproduira une seconde fois pour moi ... Bien désolé pour les patients qui en ont subi les désagréments. Imaginez qu'on vous pique comme un forcené avec une aiguille qui ne rentre jamais dans la peau ! Bon, ok j'arrête, j'en imagine certains qui tournent de l'oeil !

Pose d'une sonde naso-gastrique (tube qui va du nez à l'estomac, en passant par l'intérieur bien sûr ...). En général c'est pour alimenter une personne qui ne peut pas avaler d'elle-même, ou lui administrer des médicaments. 
Je n'avais encore jamais pratiqué cet acte. C'est forcément très désagréable pour le malade. Notre patient a 69 ans. Il est peu conscient. Mais cet acte invasif ne lui convient pas du tout. Alors que j'enfile le tube le plus délicatement possible dans sa narine droite, il gémit et se met à tousser, ce qui peut avoir pour effet de refouler la sonde par la bouche. C'est assez fréquent et l'opération est à refaire. Pour mon cas, l'évolution du tube dans la gorge puis dans l'oesophage se déroule plutôt bien. On vérifie que le tube n'a pas pris le trajet de la trachée pulmonaire en plongeant l'autre extrémité dans un récipient d'eau. S'il n'y a pas de bulle, on est sur le bon chemin. Une fois le tube arrivé à l'estomac, il ne reste qu'à le fixer au niveau du nez pour qu'il ne ressorte pas. J'ai essayé d'accompagner mon geste avec des mots rassurants, mais le vieux malade n'a pas cessé de râler et gesticuler la tête.
Je lui administre alors un médicament dilué dans de l'eau avec une grosse seringue. C'est au moment de détacher la seringue de l'embout que l'estomac du patient est pris d'une violente crampe qui a pour effet d'éjecter une partie de ce que je viens d'injecter, arrosant par la même occasion ma belle blouse d'infirmier !

Voilà, j'arrête là pour les détails techniques, n'étant pas sûr que tout le monde apprécie la description de ce genre de pratique ...
Ce qui est sûr, c'est que ces quatre semaines m'ont permis de voir beaucoup de choses, de mieux comprendre les maladies et leur prise en charge (grâce également à la présence des médecins) et de faire du lien avec ce que l'on nous apprend en théorie. Le tout teinté d'une différence culturelle qu'il faut apprendre petit à petit à décoder ...

Dans l'office infirmier, les casiers des patients
et au-dessus les alarmes (ampoules) des chambres


Miss Orgella remplit les dossiers de soins ...

Selfie avec Miss Compère !


D'un point de vue relationnel, mes collègues infirmières ont elles aussi peu à peu accepté ma présence parmi elles, et des échanges sympas et riches ont pu avoir lieu entre nous. 

Une page se tourne, car dés lundi, je change de service, pour 4 nouvelles semaines dans le service chirurgie et urgences. Une autre aventure commence ...