samedi 16 mai 2015

Tout a une fin ...

Dernier jour de stage hier. L'occasion de remercier chaleureusement l'équipe soignante qui m'a accueilli ...




8 semaines, ça laisse du temps pour se rencontrer. Pour apprendre, observer, pratiquer, comprendre, et appréhender finalement une autre vision du soin, tel était l'objectif premier de ce stage à l'international. 





8 semaines laissent aussi de l'espace aux relations d'amitié qui s'installent progressivement à travers de nombreux échanges autour de la vie en général, des valeurs, des envies, des projets ou des passions.
C'est ainsi que j'ai appris à cuisiner haïtien (un peu), que je me suis vu amener un matin du griot de porc, un autre jour du poisson épicé, du paté cordé ou hier matin encore des comparettes, spécialités de la ville de Jérémie. J'ai fait découvrir à Miss Alexandre le cumin, qu'elle utilisé désormais régulièrement ...
La cuisine a vraiment des vertus fédératrices ! 
La religion omniprésente en haïti, a eu raison de moi, le jour où je me suis surpris à chanter avec deux infirmières un chant religieux que je n'avais pas chanté depuis 35 ans !!

C'est donc avec beaucoup d'émotion que j'ai laissé ces personnes.

Mais hier soir, comme consolation, un cadeau m'est arrivé du ciel ...











jeudi 14 mai 2015

Prêts pour une césarienne ?

Attention ...

Miss Lamarre à l'ouverture des paquets stériles ...
Dr Ovid, anesthésiste, sédate encore et encore une future maman
qui a du mal à trouver le calme et interpelle tout le monde ...

Miss Richardson à l'asepsie ...


Docteur Almazor aux manettes ...

Sous l'oeil attentif de Miss Fleurant, superviseuse du bloc ...

C'est parti ! Miss Pogno s'active aux instruments ...

 Et hop !!






mercredi 13 mai 2015

Histoire d'ados, d'art et de maladie ...

Aujourd'hui, j'intervenais pour la troisième fois auprès d'un groupe d'une dizaine d'ados, séropositifs, sur un atelier mêlant photo, expression plastique et mots ...


Cette action s'inscrit dans le cadre de ma formation d'infirmier. Nous devons réaliser une action de santé publique auprès d'un public identifié comme cible prioritaire pour de la prévention ou de la sensibilisation autour d'une problématique de santé.
A Port-au-Prince, la prévalence du VIH-SIDA est malheureusement importante. C'est donc assez naturellement que je me suis orienté vers ce public d'adolescents, qui constituent des vecteurs déterminants pour les générations futures.Pour mieux connaître cette population sur la ville de Port-au-Prince, je me suis appuyé sur l’expérience de l’organisation GHESKIO, présente en Haïti depuis 1982 et engagée depuis cette date dans la lutte contre le VIH/SIDA.

Ensemble nous avons mis en place cet atelier photo/expression artistique articulé autour de cinq séquences avec comme objectif de responsabiliser les jeunes face à la maladie.
L'atelier devient alors un outil de médiation qui d'abord génère de la cohésion de groupe et lutte contre l'isolement.
Il permet également et surtout d'adresser des messages tels que l'adhérence au traitement : prise régulière et au  bon dosage des médicaments, respect du suivi avec le médecin, d'apporter des informations générales sur la maladie (notamment la transmission et les méthodes pour l'éviter). Eux-mêmes deviennent alors vecteurs auprès d'autres jeunes.
Le  but ultime étant pour eux de faire reculer le plus longtemps possible l'arrivée de la maladie et à une plus grande échelle d'enrayer la transmission.



Notre projet repose donc sur la conception d'une fresque incluant photos, dessins, peintures, découpages, que nous exposerons sur un mur du centre et fera l'objet d'un vernissage.
Pour cette troisième séquence, nous travaillons sur quatre planches papier, identifiées en quatre thèmes : La vie, le courage, la maladie, l'espoir.
Chaque participant travaille au début sur un premier thème, laissant aller son imagination et son expression artistique. Vingt minutes après, chaque participant laisse sa place à son voisin de gauche, pour prendre celle de son voisin de droite et ainsi s'approprier le thème suivant. Cet un exercice très intéressant car il oblige à abandonner ce que l'on vient de produire et à s'emparer d'une expression déjà commencée dont on doit faire quelque chose ... J'avais vu ça en stage de psychiatrie (merci Jeanne !) et j'ai voulu l'adapter à la situation, et ça a plutôt bien fonctionné. Le résultat final dans une quinzaine de jours ...


C'est en tout cas un exercice nouveau pour moi. Très enrichissant. Et très touchant aussi. Les ados avec qui je travaille sont motivés et pour la plupart pleins de vie et d'enthousiasme. 
Ils ont quasiment tous hérité de cette saloperie à la naissance et je me demande bien comment on peut grandir avec cette maladie et tout ce qu'elle génère dans l'imaginaire des gens, adolescent à Port-au-Prince de surcroît ...


dimanche 10 mai 2015

Essai sur la société haïtienne (première partie)

Après 7 semaines d'observation, de lecture et d'échanges, je vous livre ma perception de la société haïtienne, en tout cas ce que j'en ai compris. Bien sûr, cette description est loin d'être objective, étant là depuis peu de temps, n'ayant pas vu toutes les facettes de cette société, et n'étant par ailleurs pas sociologue !


Il est important pour commencer de rappeler le socle historique sur lequel s'appuie cette société aujourd'hui.
Le peuple haïtien est constitué pour la très grande majorité de descendants d'esclaves venus pour beaucoup de Guinée. Exploité durant trois siècles, il a ensuite été cherché son indépendance dans le sang en 1804, en repoussant les troupes de Napoléon. 
La France n'a reconnu cette indépendance que 25 ans plus tard, sous la condition qu'Haïti rembourse une dette correspondant au manque à gagner que représentait cette soudaine perte. Quand on y réflechit, c'est quand même assez fort.
Cette dette s'élèvait à 150 millions de francs or, ce qui équivaudrait aujourd'hui à 17 milliards d'euros ! Elle a été soldée en 1886, mais les haïtiens ont payé les intérêts jusqu'au milieu du 20ème siècle ...
Vous remarquerez au passage que ce passé peu glorieux de notre beau pays est absolument absent de nos livres d'histoire ...
Toujours est-il que ce premier élément a joué dans le développement économique du pays, c'est indéniable. Et ce contentieux entre Haïti et la France est omniprésent encore aujourd'hui. François Hollande dans son discours aujourd'hui en Guadeloupe a souligné ce problème et nul doute qu'il y reviendra mardi lors de sa visite en Haïti ...

A cela il faut ajouter une main mise quasi omniprésente des Etats-Unis sur l'île, pour des raisons géo-stratégiques, difficiles parfois à déchiffrer. Notons simplement que Cuba n'est qu'à 150 km des côtes haïtiennes.
Rappelons enfin qu'à partir de 1957, Haïti a connu 30 années d'exaction sous le joug des Duvallier père et fils. 30 années durant lesquelles de nombreux intellectuels ont dû fuir le pays (notamment pour les Etats-Unis et le Canada) sous la menace des fameux tontons macoutes.
Depuis la chute de Bébé Doc (c'est ainsi qu'on surnommait Jean-Claude Duvallier) en 1986, l'instabilité chronique, là aussi savamment entretenue par ceux qui ont de gros intérêts économiques ou politiques en Haïti - Le pays est une des principales plaques tournantes du narco-trafic entre Etats-Unis et amérique Latine - l'instabilité chronique donc, maintient le pays dans un état de pauvreté avancée ou pour beaucoup la survie est devenue une préoccupation quotidienne.
La majorité des haïtiens qui a vu défiler des gouvernements corrompus et surtout inefficaces tourne le dos aujourd'hui aux promesses electorales des uns et des autres, boudant les élections (le taux d'abstention de la dernière présidentielle est proche de 80%).
C'est donc muni de ce prisme qu'il faut analyser les comportements.
Ainsi les haïtiens ont appris malgré eux à être méfiants vis à vis de leur propre voisin, méfiants aussi à l'égard de l'étranger, en particulier du blanc. J'ai pu le constater à mes dépends en début de stage, mais dans d'autres contextes également.
Il faut aussi souligner que les blancs sont assimilés à la fois aux riches, à ceux qui ont le savoir, le pouvoir, aux donateurs (à travers la multitude d'ONG présente sur le territoire) doublés parfois d'un habit de profiteur, aux anciens colons, dont beaucoup de ces derniers se sont mariés à des femmes haïtiennes, donnant naissance à des métisses que l'on appelle aussi mûlatres. Ayant pu bénéficier de l'éducation et de l'argent,  ces derniers sont aujourd'hui parmi les riches haïtiens, solidement ancrés dans le business où dans les rangs du pouvoir de génération en génération.
Pas étonnant donc que certains haïtiens nous perçoivent aussi comme responsables de tous leurs maux, un peu comme ailleurs on désignerait le noir ou l'arabe comme la cause de sa propre impuissance (suivez mon regard ...).
A titre d'exemple, un soir d'avril, nous nous rendons à un concert à l'Institut Français. C'est un concert en plein air. Beaucoup de monde est présent car les artistes qui jouent et chantent ce soir-là sont connus ici en Haïti.
Soudain, un groupe de jeunes, excités à la Prestige (bière locale), s'inspirant du tempo de la chanson en cours, se met à entonner un refrain qui dit "A bas colons, à bas Minustah" (MIssion des Nations Unies pour la STAbilisation en Haïti). Au moment où les paroles de l'artiste expriment par ailleurs la paix. Forcément, on se sent un peu visés. Et mal à l'aise, on préfère s'éloigner du groupe. Et puis on relativise, ce groupuscule est isolé et loin d'être majoritaire, mais cela montre bien que finalement, où que l'on se trouve dans le monde, l'appauvrissement culturel, le manque d'éducation et la perspective d'un avenir incertain constituent un terreau fertile à la stigmatisation de l'étranger et à la recherche de boucs émissaires. Ici, le bouc émissaire, ça peut être le blanc, ça change un peu ...




samedi 2 mai 2015

Une fin de semaine qui s'accélère ...

Ce matin, j'ai décidé de marquer un pause au milieu du pont du 1er août. Je suis retourné à l'Hôpital Français, en chirurgie, pour assister à une prostatectomie. L'opération était prévue depuis mercredi et comme le début de semaine avait été calme, il me semblait intéressant d'assister à cette intervention ...

J'arrive à 7h. J'apprends que l'opération prévue à 8h va être décalée car on va d'abord devoir procéder à une césarienne en urgence. Une jeune femme souffre depuis la veille. Son bébé est à terme mais les voies naturelles semblent impénétrables pour cet enfant qui présente par ailleurs une tête trop volumineuse ...

A 8h, tout est en place pour accueillir la patiente. Et en quelques minutes seulement, le chirurgien a incisé depuis l'épiderme jusqu'au placenta. Une boule couverte de cheveux noirs fait son irruption l'instant d'après. N'ayant encore jamais vu cela "en vrai", inutile de dire que je suis impressionné. C'est un moment d'intense émotion, abrégé injustement car une effervescence s'est soudain constituée autour du bébé qui ne hurle pas comme tout petit être humain qui se respecte. On le frotte, on l'oxygène, en l'aspire en tout sens. La tension monte jusqu'à ce qu'enfin des petits cris aigus libèrent l'angoisse générale. Surtout la mienne en fait ...
La maman va bien, le petit garçon (si j'ai bien vu) se porte bien également merci ...

La deuxième salle d'opération est prête pour accueillir un vieil homme qui souffre de troubles de la miction (problèmes pour faire pipi ...), due à un adénome (tumeur bégnine) présent dans la prostate et qui fait obstacle. Il faut donc le retirer.
Les gestes du chirurgien sont précis et fermes. Je m'habitue peu à peu à cette vision qui reste troublante d'un corps qui s'ouvre et offre à la vue ce qu'il y a à l'intérieur. C'est à la fois repoussant car on a du mal à éviter notre propre projection à la place du patient et en même temps fascinant. 
Le chirurgien a incisé la vessie et il doit désormais aller déloger cet adénome qui obstrue l'urètre. Il le fait avec ses doigts et met quelques minutes avant de sortir ce bout de viande que l'on place immédiatement dans un petit pot à des fins d'analyses ...
Il faut ensuite recoudre tout ce qui a été découpé : vessie, péritoine (membrane qui recouvre tous les organes de l'abdomen), fascia (qui couvre le muscle abdominal), tissu adipeux, épiderme. Ce travail est long et méticuleux, mais garant d'une bonne cicatrisation.

La matinée n'est pas terminée ... On sonne de façon insistante à la porte des urgences : une foule de personnes, dont l'équivalent local de notre SMUR, accompagne sur une civière un homme d'une quarantaine d'années, atteint par une balle, au niveau du crâne.
La victime est dans le comas. Nous la hissons sur le lit de la salle d'urgence. Elle vient directement d'un autre hôpital qui ne pouvait l'accueillir mais où il lui a été posée une perfusion et effectué un scanner qui a révélé la présence du projectile à l'intérieur du crâne. L'homme, inconscient, a une fréquence respiratoire élevée. Sa tension, elle aussi très haute, ne laisse rien présager de bon.
Le médecin de garde, après une auscultation rapide (il constate notamment que ses pupilles ne se dilatent plus à la lumière) nous confirme que son état est désespéré.
Il faut savoir qu'en Haïti, les armes sont très courantes, et ce genre d'accident l'est aussi malheureusement. De nombreuses anecdotes m'on été rapportées de personnes qui se sont faites tirer dessus après avoir refusé de céder au braquage. La leçon n°1 est donc : Si tu te fais braquer, tu donnes tout ce que tu as sans opposer de résistance !
Le pauvre homme est gardé sous surveillance. Lorsque j'ai quitté le service, il était toujours en vie ...

Une dernière intervention se prépare dans l'une des salles. Une dame d'une soixantaine d'années présente une occlusion intestinale et doit subir une opération exploratoire de l'abdomen.
Aussitôt dit aussitôt fait ! Après anesthésie générale, le chirurgien incise l'abdomen et ... en extirpe (on pourrait dire extripe dans ce cas) l'ensemble du gros intestin afin d'explorer où se trouve l'occlusion et surtout quelle en est la cause. C'est là encore une image très impressionnante pour moi. Je ne peux m'empêcher de penser à la bonne vieille méthode de l'inspection d'une chambre à air  gonflée et trempée dans une bassine d'eau pour localiser où elle est percée ...
A cet instant, le chirurgien m'interpelle. Il me demande de prendre quelques photos avec son Iphone. Ils ont localisé l'endroit où ça bloque. L'intestin est vrillé et comporte des brides (vraisemblablement dues à une opération plus ancienne). Je m'applique donc à immortaliser cette anomalie en gros plan.

Sinon, je ne fais pas que des photos ! 
Ce n'est pas simple de s'intégrer dans une équipe où tout va vite, où les repères et les habitudes sont tellement ancrés que les actions se déroulent avec logique et fluidité.
Avant que tout ne s'accélère, j'assiste l'anesthésiste dans la préparation du matériel, j'aide à l'installation du patient lorsqu'il arrive en salle. Durant l'intervention, j'observe tout. Ce que font les chirurgiens autant que ce qui se passe autour et là où je pourrais être utile. J'ouvre les paquets stériles et les offre à l'infirmière instrumentiste, j'active ou désactive l'appareil à succion. Je remplace momentanément l'anesthésiste et assure le contrôle des signes vitaux ... 
Mais il faut du temps. Du temps pour intégrer la vision d'une chirurgie à ventre ouvert, du temps pour anticiper les gestes et besoins des chirurgiens, du temps pour comprendre et intégrer l'organisation minutieuse d'une intervention. 

A 13h30, je quitte le bloc. Tout cela m'a mis en appétit et ça tombe bien, je suis attendu par des amis sénégalais pour manger un bon Tieboudien ! 

Elle aussi je l'aurais bien mangé mais ses parent n'ont pas voulu ...

Et un bon gros big up à Chloé, Inès et Solène à Ouro-Sogui que je mets au défi de manger haïtien (préparé par un haïtien) avant la fin de leur séjour ...




mardi 28 avril 2015

Retour à Cocoyer Beach ...

Quand on aime, on ne compte pas. Dimanche, je suis retourné à la plage de rêve, avec pour changer, un accès par la montagne. Depuis un petit hameau avec un nom tout mignon : Trouchouchou !



C'est ici que nous laissons les véhicules sous la bonne garde des gamins du village.
L'un d'eux nous montre le chemin pour descendre jusqu'à la plage de Cocoyer ...


450 mètres plus bas nous attendent les lueurs turquoises de la mer des Caraïbes ...


L'accès se fait par un chemin plutôt bien tracé mais assez abrupte, arboré et bordé de cultures, notamment beaucoup de bananiers.



Malheureusement de nombreuses forêts comme celle-ci ont disparu en Haïti, à cause du commerce du charbon de bois, sans réel soucis de gestion de ces ressources naturelles pour les génération à venir. 
En certains endroits cependant, des forêts ont été préservées, selon la volonté d'un ou plusieurs acteurs locaux. Mais ce genre d'initiative n'est pas majoritaire et comme il n'y a pas vraiment de lois qui légifèrent dans ce domaine, ou en tout cas personne pour les faire appliquer, la déforestation reste en Haïti un problème majeur ...


Maisons d'habitation ...

Et la plage est toujours là ...






Un bâteau chargé de charbon de bois ...